Session 2010
Thème
Mères et femmes : fantasme, symptôme, ravage
Argument
Qu’est-ce qu’une mère ? La réponse semble évidente : celle qui a un enfant. Mater certissima, cela paraît bien naturel. Une mère est celle qui donne… la vie. Mais que donne-t-elle ? La vie à ce qui n’est d’abord qu’une partie de son corps, qui se sépare d’elle et qui lui manque. Elle laisse place à cet être… en devenir. Elle est celle qui assure « les soins », de manière adaptée nous dit Winnicott, particularisée et non anonyme ajoute Lacan. C’est celle qui fournit l’objet du besoin – se nourrir -, pour autant qu’elle sait y faire avec la demande du sujet infans. Elle donne… la parole, elle demande et dans le même temps elle désire. Elle donne sens, à partir de lalangue maternelle, source de tout malentendu. Celui qu’elle porte a été l’objet d’attente, de paroles, de craintes comme d’espoirs. Comme sujet cet enfant doit : être reconnu dans l’image qu’il présente, prendre place dans l’histoire qui a commencé avant sa naissance et se débrouiller avec la place d’objet qu’il aura été pour l’Autre. Mais cette place dépend beaucoup de ce qu’une mère fera du manque qu’il constitue et qui le constitue, de l’objet qu’il est pour elle. Elle est pour lui « l’unique, la seule, l’irremplaçable », source de « tout amour mais aussi de tous les maux » (Lacan, L’identification, séance du 21 février 1962). Pourquoi ? Sans doute il n’est pas l’idéal qu’il voit dans le miroir de ses espérances, il ne détient ni la clé, ni la réponse au désir qu’elle oriente, parce qu’elle aime ailleurs (Freud, Le roman familial du névrosé, 1909). La découverte freudienne souligne qu’une mère est une femme. Que, pour donner, elle « s’est donnée » à un homme dont le désir, pas du tout anonyme, s’est incarné dans l’objet qu’elle a été pour lui, ne fusse qu’un temps. C’est face à ce manque féminin, où les mots manquent, qu’une mère aura à se situer, qu’elle pourra ou non construire ce qui la lie à cette partie dont elle s’est séparé. Elle peut prendre assurance du Nom du père, du « oui » qu’il prononce au désir, au « non » où il peut incarner les noces du désir et de la loi. Mais la lecture de Mélanie Klein qu’opère Lacan avec son stade du miroir nous permet de saisir comment tout sujet doit faire avec son corps – la jouissance, l’image, le sens dont il fait l’épreuve. Nulle identification fût-elle œdipienne, ne permet de nouer ces registres sans… le symptôme.Une mère, d’être femme, est liée à son partenaire comme à l’enfant par ce qui fait symptôme et fantasme. Lacan évoque la pente au « ravage » – dans la relation d’une femme à un homme, d’une fille à sa mère, - pour souligner que toutes les solutions symptomatiques ne se valent pas : une clinique du particulier, du cas par cas est ici à établir. Ce qui se transmet dans les générations comme ce qui nous accroche à un partenaire voire au lien social est toujours marqué moins d’un ravage que d’un ratage. Mais alors qu’en est-il des ravages qui se déploient à l’occasion dans les couples comme dans les familles ?
Nous verrons cette année quels remaniements notre modernité et ainsi que la montée du discours de la science ont permis. Etre mère, seule ou à plusieurs ouvre la voie à toute demande d’enfant, plus rare et donc plus précieux, idéalisé mais aussi objet de craintes. Etre femme est une question qui ne trouve plus sa réponse dans la précarité des unions, des emplois, dans l’idéalisation de l’image promue par notre société de consommateurs, où le sujet féminin peut se consumer. Mère et femme ? Deux versants du sujet féminin qui ne peuvent se superposer. La clinique la plus classique s’y déploie, depuis l’hystérie freudienne jusqu’aux psychoses passionnelles qui ouvrent la voie de Jacques Lacan. Mais c’est de la constitution du sujet contemporain articulé à l’Autre maternel comme à l’Autre sexe dont il sera question.Chacun est convié à amener sa question.
Séminaire théorique
A partir du thème de la session et de dix citations de Jacques Lacan nous aborderons au cours du séminaire : l'oedipe chez la fille et les formules de la sexuation ; la sexualité féminine et la jouissance féminine ; l'objet et le manque, Que veut une femme ? ; les femmes freudiennes, Dora, la Jeune Homosexuelle ; clinique du féminin, psychoses pasionnelles et névroses passionnées ; le partenaire symptôme , une femme pour un homme, un enfant pour un couple ; la Mère chez les post-freudiens, la Mère chez Lacan ; le ravage, un homme pour une femme, une mère pour une fille ; Mère et nomination ; la lettre d'amour.
- 29 janvier - Marga Karsz Mendelenko
- 26 février - Adélaïde Ortéga- 12 mars - Thierry Vigneron
- 26 mars - Adélaïde Ortéga
- 23 avril - Richard Rebibou
- 28 mai - Claude Viret
- 24 septembre - Richard Rebibou
- 15 octobre - Jean Jacques Renaud
-19 novembre - Didier Mathey
- 3 décembre - Thierry Vigneron
Séminaire de lectures de textes
Ce que nous nous proposons à aborder cette année, ce ne sont rien de moins que « les terribles conséquences cliniques de la sexualité féminine pour tout sujet, pour autant que chaque sujet est fils d’une mère… »1. Et donc d’une femme… L’enjeu clinique peut se redoubler à l’occasion, lorsque ledit sujet se trouve être une femme, ou une mère, voire les deux…Nous partirons dans notre travail de lecture de cette remarque de Jacques Lacan :
« L’élucubration freudienne du complexe d’Œdipe, qui y fait la femme poisson dans l’eau, de ce que la castration soit chez elle de départ (Freud dixit), contraste douloureusement avec le fait du ravage qu’est chez la femme, pour la plupart, le rapport à sa mère, d’où elle semble bien attendre comme femme plus de substance que de son père, - ce qui ne va pas avec lui étant second, dans ce ravage.Ici j’abats mes cartes à poser le mode quantique sous lequel l’autre moitié, moitié du sujet, se produit d’une fonction à la satisfaire, soit à la compléter de son argument… »2
Pour éclairer ce que Lacan désigne ici sous ce terme de ravage pour une femme, qui vient marquer le rapport à la mère - comme parfois à celui ou celle qui accompagne sa vie - et que Lacan met en regard du symptôme - ce qu’est plus régulièrement une femme pour un homme - il nous faudra reprendre les premiers développements freudiens, avec leurs points d’impasse débouchant sur le fameux Was will das Weib ? et ce jusqu’à la conférence de 1933 « sur la féminité »3.
Puis reprendre ce qui s’en est déduit chez les postfreudiens, avant que Lacan ne relance la question en 1960 dans ses « Propos directifs pour un congrès sur la sexualité féminine »4, puis dans son séminaire « Encore » et son texte précité, « L’étourdit », daté du 27 janvier 1972.
Bref, un travail ample et vaste nous attend, qu’il nous faudra sérier en nouage avec le plus actuel de notre clinique articulée aux formes familiales contemporaines. Et garder en tête cet avertissement de Lacan : « Par impuissance à poser le statut du fantasme dans l’être-pour-le-sexe, la psychanalyse pourrait bâcler avec du folklore un fantasme postiche, celui de l’harmonie dans l’habitat maternel. Ni incommodité ni incompatibilité ne sauraient s’y produire, et l’anorexie mentale s’en relèguecommebizarrerie »5.
Le numéro 14 de la revue Filum qui reprend les actes du colloque de l’ACF- Bourgogne Franche Comté tenu à Dijon en 1999 sous le titre « Est-ce ainsi que les femmes vivent ? » devrait nous permettre de jalonner notre parcours. A cette fin, son contenu est mis à disposition des participants inscrits au séminaire de lecture par UFORCA Dijon.
Les 29 janvier - 26 février - 23 avril - 24 septembre - 15 octobre - 3 décembre 2010
1 Miller J-A., La relation d’objet 1, présentation du séminaire IV, in La lettre mensuelle de l’ECF-ACF n°128, avril 1994.
2 Lacan J., L’étourdit, 14 juillet 1972, in Autres écrits, p.465, Le Seuil, Paris, 2001.
Freud S., Sur la féminité, in Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, p.150 et s., Gallimard, Paris, 1984.
4 Lacan J., Propos directifs pour un congrès sur la sexualité féminine, in Ecrits, p. 725 et s., Le Seuil, Paris, 1966.
5 Lacan J., Allocution sur les psychoses de l’enfant, in Autres écrits, p.367, Le Seuil, Paris, 2001.
Introduction aux concepts lacaniens
L’Autre
Le point de départ de l’enseignement de Lacan c’est : l’inconscient est le discours de l’Autre. Cet Autre est plein : il est fait des histoires de famille, des relations familiales, il est social et aussi bien : discours universel.Il est le principe qui anime le graphe. Le névrosé le fait exister, l’Autre. Il est lieu des signifiants qui déterminent le sujet. Dans l’Autre, les signifiants sont articulés, et des lois fondent leurs relations : l’Autre est un système au sens du structuralisme. Mais à la page 800 des Ecrits, Lacan (se) pose la question suivante : « la structure du langage une fois reconnue dans l’inconscient, quelle sorte de sujet pouvons-nous lui concevoir ? » et p. 804 : « Car la psychanalyse implique bien entendu le réel du corps et de l’imaginaire de son schéma mental. » Cet écrit, Subversion du sujet et dialectique du désir, se termine donc par la question de la jouissance, présentée sous deux aspects : d’une part celle qui est « interdite à qui parle comme tel », et d’autre part « la jouissance d’un Autre, « qui, ne l’oublions pas, n’existe pas.» Une bascule se produit dont rend compte le séminaire D’un Autre à l’autre assignant la détermination du sujet à la répétition de jouissance et non plus la répétition symbolique.Le tout dernier enseignement de Lacan exposé par Jacques-Alain Miller dans ses cours fait la distinction du réel et du sens, et il invente la notion de lalangue, « finalement ce langage avec sa structure, c’est une construction, une élucubration de savoir qui s’établit au-dessus de ce qu’est le réel proprement dit. » in La Cause freudienne N° 48.C’est ce parcours aussi bien dans la théorie que dans la pratique que nous allons effectuer cette année.
- 30 janvier : Pourquoi l'Autre ? - Adélaïde Ortéga
- 27 mars : L'Autre est il la famille ? - Christiane Dhumes
- 29 mai : L'Autre, qui manque ? - Didier Mathey
- 25 septembre : Les objets sont ils de l'Autre ?
- 13 novembre : L'Autre a t'il un corps ?
- 4 décembre : L'Autre partenaire ; que veut une femme ?
Conférences
Conférences débats avec les partcipations de six invitées extérieures
- 30 janvier - Nicole Tréglia : "Une femme respectablé".
- 27 mars - Lilia Mahjoub - " Ravages et symptôme". Comment distinguer ces deux termes dans la doctrine et dans la clinique ? Lacan élève la notion de symptôme au concept, et ce, à la fin de son enseignement, notamment lorqu'il lui donne l'écriture de sinthome. Il n'en va pas de même de la notion de ravage que je mets ici dans ce titre au pluriel, car c'est une notion qui se rencontre dans toutes les structures mais qui n'a pas pour autant la même signification ou la même place. Je l'articulerai ainsi, à l'appui de la clinique, comme distincte du symtôme voire du sinthome.
-29 mai - Marie Hélène Roch - Condition fétichiste du mâle, style érotomaniaque du féminin.
- 25 septembre - Marie Hélène Blancard -
- 13 novembre - Jacqueline Dhéret-
-4 décembre - Sophie Maret Maleval
Dates
Vendredis : 29 janvier, 26 février, 12 et 26 mars, 23 avril, 28 mai, 24 septembre, 15 octobre, 19 novembre, 3 décembre 2010.
Samedis : 30 janvier, 27 mars, 29 mai, 25 septembre, 13 novembre, 4 décembre 2010.
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